Que penser des firmes pharmaceutiques et de leurs études?

« Il y a des contestations de diagnostic au pied du lit des malades où aucun médecin n’est du même avis de peur qu’en se rangeant à l’avis d’un confrère il ne puisse jouer un rôle de premier plan. » Pline l’Ancien

Afin de maximaliser l’efficacité d’un médicament, les études pharmaceutiques sont souvent biaisées par des experts à la solde des laboratoires. La sous-notification des effets secondaires serait très importante. C’est dire que tout est mis en œuvre pour potentialiser l’efficacité médicamenteuse et minimiser sa toxicité. Nous posons aussi dans ce chapitre cette question : La notice du médicament, une notice scientifique ou artistique? Nous soulignons aussi combien le patient est un être unique !

 

 

L’actionnariat prioritaire!

Marcia Angel dénonce certains comportements des firmes pharmaceutiques qui ne reculent pas devant les abus de marketing et de lobbying, voire de fraude et/ou de corruption, avec l’aval des pouvoirs publics, pour réaliser d’immenses profits[1]. Certains chercheurs acceptent d’orienter la publication de leurs résultats selon les intérêts particuliers des firmes[2] participant ainsi à cette alliance silencieuse du savoir et du pouvoir.

L’industrie pharmaceutique donne la priorité au commerce et à l’actionnariat sur les impératifs de l’éthique et de la santé. Elle est le joyau du capitalisme. Son taux de profit moyen est le plus élevé de tous : 18.6 % contre 15.8 % pour les banques commerciales [3] Nous vous invitons à écouter  5 minutes le Pr. P. Even

Le contrôle du rapport bénéfice/risque des médicaments a été délégué par les pouvoirs publics à l’industrie  pharmaceutique. C’est pourquoi elle a le loisir de dissimuler des résultats négatifs. Quant aux résultats positifs d’une seule étude, ceux-ci seront plusieurs fois publiés dans les revues médicales. Cette étude sera présentée avec des auteurs différents, ce qui donnera l’impression qu’un nombre important d’études confirmera les avantages de la molécule à promouvoir[4].

Weber W.[5], en 2001, accusait l’industrie pharmaceutique de garder secrètement les résultats défavorables concernant les risques des pilules de 3° génération !

Pour la méta-analyse (ensemble de plusieurs études) sur les antidépresseurs de dernière génération, les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, (les IRS) Turner et ses collaborateurs[6] ont demandé à la Food and Drug Administration de leurs donner l’ensemble des études enregistrées, pour l’homologation des antidépresseurs en sa possession. Ils découvrirent que presque aucune étude négative n’avait été publiée, alors que la quasi-totalité des études positives l’ont été. Il est clair que l’industrie pharmaceutique et les revues trouvent un intérêt à cette publication sélective, nous sommes ici face à un biais de publication.

La méta-analyse de Kirsch,[7] aboutissement de 10 ans de recherche sur l’efficacité réelle des IRS, conclut sévèrement qu’ils sont inefficaces pour traiter la plupart des dépressions car il n’y a pas de différence significative entre les IRS et un placebo. Pour les rares dépressions sévères, ils auraient une efficacité possible de faible intensité. Mais ce qui est un comble, c’est que les antidépresseurs augmentent le risque des idées suicidaires chez les patients, particulièrement, chez les enfants et les adolescents.[8]Le risque relatif de suicide varie de 1.5 à 3.2 ![9]

Les études de toxicité soutenues par l’industrie pharmaceutique ont tendance à déceler moins de risques que les études indépendantes. Le laboratoire ne publiera que des résultats partiels ou positifs; si les résultats toxicologiques sont inquiétants on l’imputera davantage aux volontaires recrutés pour l’étude qu’à la molécule testée.

La sous-information des médecins concernant les effets toxiques des médicaments et la sous-notification de ces effets toxiques par les professionnels de la santé serait importante[10]. Le professeur H. Joyeux, cancérologue, constate une sous-notification des cancers du sein liés à la contraception hormonale[11]. Il n’y a pas toujours de la part des firmes pharmaceutiques la volonté de recherche de la toxicité de sa production. Plusieurs auteurs au Royaume Uni ont souligné la carence des données concernant la contraception d’urgence. Aucune étude n’a été effectuée directement menée sur une association entre contraception d’urgence et malformations congénitales ou retour à la fertilité car la plupart des grandes études ont exclu les effets toxiques des progestatifs[12].

J-P Sculier, dans un article de la revue médicale de Bruxelles (2013; p491) dénonce les mauvaises conduites en matière de recherche et de publication scientifique et médicale, résultant de graves fraudes aux données qui regroupent l'invention, la falsification, le plagiarisme, l'embellissement et la rétention de données.

Pour vraiment réaliser le conditionnement subi par médecins et patients, de la part des firmes pharmaceutiques, si expertes à minimiser la toxicité de leurs molécules et à magnifier leur efficacité au dépens de la vérité, lire le livre : « Dites à votre médecin que le cholestérol est innocent, il vous soignera sans médicament », du cardiologue, chercheur au CNRS, Michel de Lorgeril. Celui-ci met en pièce le mythe du cholestérol, dénonce les prescriptions abusives des médicaments anti-cholestérol, prescriptions qui reposent avant tout sur une idéologie dictée par des intérêts économiques.

En médecine, on distingue les études dites randomisées, dans lesquelles une population très soigneusement sélectionnée est divisée en deux groupes par tirage au sort, l’un prend le médicament, l’autre pas. Ces études suivent les deux groupes de population durant des années, un groupe est traité, l’autre pas. Elles enregistrent la survenue de complications dans l’un ou l’autre groupe et évaluent le risque relatif et absolu. Ces études sont mieux adaptées que les études rétrospectives pour établir une relation causale. Elles sont plus fiables que les études d’observation de type rétrospectif.

Ces études rétrospectives utilisent les dossiers d’hospitalisation comparant les patients qui ont eu des effets secondaires lors d’une thérapeutique (les cas) à ceux qui n’en ont pas eu (les témoins). Elles permettent de calculer le risque relatif mais ne renseignent pas sur le risque absolu.

Les études que nous avons rapportées dans ce travail, sont des études épidémiologiques d’observation qui recherchent des corrélations statistiques entre la contraception utilisée et sa toxicité. Dans ces études, la prise de la contraception dépend du choix individuel des femmes ou de leur médecin et non d’un tirage au sort ; il s’ensuit que les groupes définis ne sont pas a priori comparables. Ces études d’observation épidémiologiques sont aujourd’hui une source inépuisable de vérité douteuse que des tours de passe-passe statistique changent en certitude[13]. Elles peuvent aussi être manipulées par différents biais permettant d’aboutir à des résultats favorables aux firmes.