Quels sont les délais de conception dus à la contraception hormonale?

Selon la revue  Drug Safety, le retour de la fertilité après arrêt de la contraception hormonale ne serait pas retardé de plus d'un an[1].

Le fait que certaines  études  épidémiologiques n’ont pas associé une diminution de la fertilité  avec  la contraception,  pourrait s’expliquer par la présence de nombreux biais, en sorte que les conclusions de ces études seraient sujettes à caution.

Beaucoup d’études, en effet, ont été effectuées avec des femmes ayant une grossesse en cours, d’où ont été exclue des études celles qui  ont échoué à concevoir  c'est-à-dire  les femmes ayant eu des fausses couches précoces, des avortements, des grossesses extra- utérines, autrement dit, on a sélectionné des femmes en bonne santé. On été exclu des études les couples infertiles.[2]

Les biais peuvent être dus aux nombres de grossesse, c'est-à-dire à la parité des femmes. Les femmes multipares c'est-à-dire avec trois enfants ou plus    expérimentent plus rapidement le retour à la fertilité, après arrêt de la contraception, que les femmes qui n’ont qu’un enfant, les paucipares ou qui n’en n’ont pas encore eu, les nullipares .Ces dernières seraient moins résistantes à la contraception hormonale et ne devraient pas la prendre.[3]

La pilule boosterait même la fertilité

 L’étude, celle de Farrow[4], en 2002,  publia que  plus longtemps la femme prendrait  la pilule, plus elle augmenterait sa fertilité. Dans cette étude, la prise de la pilule contraceptive n’a pas été comparée à une autre méthode contraceptive comme le diaphragme .De plus,  les femmes qui ont  participé à l’étude, avaient déjà été enceintes mais celles qui auraient souhaité avoir un enfant et ne l’on pas eu  n’ont pas participé à l’étude. Ceci s’appelle un biais de sélection, biais reconnu par l’auteur même,  ce biais rendrait caduc les résultats de l’étude .L’auteur rejette, à tort, l’hypothèse  que  les femmes qui prennent longtemps la pilule soient en meilleure santé que celles qui ne la prennent pas. Certains   gynécologues acclament, comme on pouvait s’y attendre, cette étude, soulignant l’effet rebond  de la fertilité après arrêt de la pilule.

La pilule n'aurait pas d'impact sur la fertilité

L'étude européenne (Euras-OC) porta sur 60.000 femmes utilisatrices de pilules  contraceptives. Parmi elles, 2064 ont stoppé leur contraception pour avoir un enfant. Un an après avoir mis au placard leur pilule, 74,9% des femmes attendaient un heureux évènement, une proportion comparable à celle des non-utilisatrices de contraception hormonale. Pour le Pr. Henri Joyeux et avec lui : cette étude présente un biais majeur: elle ne nous dit pas combien parmi les 60.000 milles femmes ont désiré avoir un enfant et ont dû passer par la procréation médicale assistée pour l'avoir ou n'ont pas pu l'avoir." (La pilule contraceptive  Pr H Joyeux et D Vialard 2013  Ed. du Rocher page 158) Notons que le site Doctissimo porte sur les résultats de cette étude un tout autre regard, pour ses créateurs la pilule contraceptive n'aurait pas un impact négatif sur la fertilité future de la femme!

La pilule allongerait notablement les délais de conception

 Selon le colloque Insern de Vessey de 1979, Les délais de conception après utilisation d'une contraception hormonale seraient notablement allongés, quelque soit le type de pilule et sa durée d'utilisation[5]. Il a été calculé que, pour la plupart des femmes, la fertilité devient normale en l'espace de deux ans mais dans de nombreux cas seulement après qu'elles aient  subi des traitements avec stimulation hormonale[6].

Une étude Britannique, effectuée chez des femmes de 25 ans ou plus, établit que la proportion des femmes qui ne donne pas naissance après 24, 36, 46 mois est plus élevée après arrêt de la pilule que pour  d'autres méthodes contraceptives. Après 24 mois, 20,8% des nullipares et 10,4% des multipares qui ont abandonnés la pilule n'ont pas donné naissance, comparé aux 15,5% des nullipares et 8,1% des multipares qui ont utilisé une autre méthode.(Rochon M Cah Que Demog 1986 April;15(1):27-56) Nous avons donné cette étude pour souligner l'importance de la parité.

Une étude australienne rapporte qu'après arrêt de la pilule une infertilité persistante est expérimentée chez 7,8 % de femmes contre 4,6% d'infertilité chez les femmes qui ne l'ont pas prise. Dans les deux cas l'infertilité était définitive sur la base d'une anovulation.[7]

Selon l'étude du Boston Hospital, le temps requis pour concevoir chez 90 % des femmes était de deux ans après arrêt de la pilule et de dix  mois pour les femmes qui ont pris un diaphragme.[8] Selon la probabilité donnée par Schwartz, après 1 an d'attente, 35 % des couples seraient stériles, après 2 ans 65 %. On pourrait conclure que la pilule multiplierait par deux le nombre de couples stériles.

Cependant,  au sens strict on ne peut extrapoler les résultats d’une population  théorique comme celle définie par Schwartz comprenant  une proportion de couples infertiles de 5%   et  avec une  fécondité de 25%, à  la population des couples de l’étude de Boston , population  dont on ne connaît exactement  ni le pourcentage de couples infertiles, ni  le pourcentage exacte  de la fécondité. Néanmoins cette réserve le lecteur pourra réaliser qu’un délais d’attente prolongé pourrait pour certains couples  conduire à la stérilité.

L'étude d'Oxford family planning association[9], titrant : «  Retour de la fertilité après arrêt des contraceptifs oraux, l’influence de l’age et de la parité. » réalisée sur 17 500 femmes ayant pris des hormones contraceptives, a montré que chez les femmes de 25 à 29 ans qui n'ont pas encore eu d'enfant, la fertilité a été significativement diminuée par rapport aux femmes qui n'en ont pas prise. L'infertilité relative avait presque entièrement disparu après 4 ans. Après ce temps le pourcentage des femmes qui n'avaient pas eu d'enfant était de 9 % chez les femmes qui avaient pris la contraception hormonale contre 8 % chez les femmes qui ne l’avaient pas prise. On a donc  9 % moins 8 % = 1 % de couples supplémentaires stériles ou hypofertiles à attribuer à la pilule Selon le calcul de probabilité de Schwartz, ce 1 % est à multiplier par 0, 89 soit la probabilité qu'un couple soit stérile à 4 ans. Nous avons 1 % x 0, 89 ≈ 1 % de couples stériles supplémentaires  à attribuer à la pilule.

Par contre, chez les femmes de 30 à 34 ans qui n'ont pas encore eu d'enfant, il y a un  dommage considérable de la fertilité chez les utilisatrices de la contraception hormonale. Après avoir abandonné celle-ci depuis 4 ans, 18 % des femmes n'avaient pas encore eu d'enfant comparé au 11, 5 % des femmes qui ne l'ont pas prise comme contraception. Il a fallu attendre 6 ans pour que la fertilité des deux groupes soit comparable! Il y aurait donc 18 % moins 11, 5 % = 6, 5 % de couples stériles – hypofertiles , si on veut calculer la probabilité de couples uniquement stériles, on a selon Schwartz  6,5 % x 0, 89 = 6 % de couples stériles supplémentaires attribuables à la pilule.  Détails des statistiques de Schwartz

Pour Vessey, l’auteur de cette étude, il est clair que l’utilisation au long cours de la pilule chez les femmes âgées est délétère pour leur fertilité par rapport à un court terme de prise de pilule. Ceci contredit les résultats de l’étude de Farrow donnée en amont.  L’étude de Vessey  a   tenu  compte des effets délétères du tabagisme, des problèmes gynécologiques, endocrinologiques présents ou antérieurs des femmes étudiées. Ces corrections étaient absolument nécessaires, car ces problèmes gynécologiques, endocrinologiques et le tabagisme sont en eux même source de stérilité, d’hypofertilité.

Nous mettrons  dans le prochain chapitre en évidence, que le tabac,  la dépression du système immunitaire, les maladies sexuellement transmissibles,  la thrombophilie, les affections  gynécologiques, endocrinologiques .....peuvent être  entretenues ou générées par  la contraception hormonale, ces facteurs  multiplieront le risque d’infertilité, de stérilité et  nous 'expliquent  l'augmentation des délais de conception.

Dans un autre cadre que la contraception

Des  fortes doses hormonales (œstrogène + progestatif), données à des adolescentes  pour réduire leur taille, provoqueront une infertilité. Une fois devenues femmes, celles-ci mettront plus de temps pour concevoir et demanderont des traitements de l'infertilité [10]. Plusieurs études [11] ont confirmé la possibilité d'infertilité après traitement hormonal pour réduire la taille. Ces adolescentes avaient reçu des doses d'hormones en 2 ans équivalant à une prise de la pilule durant 10 ans! 

Contraception à base de progestatif de synthèse et les délais de conception

Le retour de la fertilité, après contraception hormonale uniquement à base d’un progestatif de synthèse  (DMPA), peut survenir après 2 ans. [12]Le délai de conception peut varier de 4 à 31 mois, et n’est pas nécessairement lié à la durée de la prise du progestatif Depo-Provera.[13]

Aucune étude n'a examiné le retour de la fertilité après contraception d'urgence. [14]Il n'existe pas de grandes études sur la fertilité après progestatifs mini dosés [15]et la sécurité des implants à base de médroxyprogestérone acétate n'a pas été démontrée. [16]

Commentaire

Chez certaines femmes, ces délais d’attente de plusieurs années du retour de la fertilité n’ont rien d’extraordinaire, ils s’alignent sur celui  induit par les anabolisants chez certains hommes. Chez ces derniers, le délai est  dû à une absence de spermatozoïdes (Azoospermie) persistant une ou plusieurs années après l’arrêt de l’anabolisant[17]. La testostérone fait partie des anabolisants, elle peut être utilisée aussi comme contraceptif, son action est tout à fait comparable à l’éthinylestradiol de la pilule, elle perturbe  profondément l’axe hypophyse- hypothalamus- gonade.

Laissons le dernier mot à  la gynécologue J. Belaïsh- Allart ," à 25 ans la femme après arrêt de la contraception  peut très bien attendre jusqu'à trois  ans[."18] !

 

 



[1] Drug Safety 2002, 25 (10) 696-706

[2] Human Reprod 2003 ; 18 : 1959-61

[3] New England Obstetrical and gynecological Society 39th annual Meeting N° 1 ;1967

[4] Human Reprod Oct 2002 ; 17, 10 :2754-2761

[5] Colloque Inserm Vessey, 1979, mars 185-99

[6] « Amère pilule »Dr. E. Grant p. 112 Ed. Ecologie humaine

[7] Drug intelligence and  clinical pharmacy 1984 vol. 18 page 125

[8] Cah Que Demog. 1986, 15 (1), 27-28

[9] British Journal of Family Planning 1986, 11, 120-124

[10] Lancet 2004 364, 23, 1513

[11] J. Pediatric ; 1978 62 11 89 – 95

[12] Contraception agents, AMA Drug  evaluations 5 edi 1983 page 980

[13] www.drugs.com

[14] The Obstetrician and Gynecologist. Juli. 2002 4 n° 3

[15] Meyler's side effects of drugs ;14° edition 2000 p. 1405-37

[16] Lancet 2001 357 14, 4, 1203

[17] Prescrire Octobre 1998, page 677

[18] « Les enfants de l’impossible » Ed. Balland 2006