Regard médical sur l’avortement.

La plupart des médecins sont contre l’avortement dit" thérapeutique", s’ils le font c’est pour rendre service, répondre à un désir de la femme. Le professeur R. Frydman veut aussi répondre au désir de la femme. Cependant, il n’est pas sans confesser : « Nous, obstétriciens, nous diagnostiquons un handicap génétique ou chromo­somique majeur, nous avons tendance à encourager l’IVG, la simple proposition d’IVG est une forme d’encouragement (…) L’expert qui contresigne la demande d’IVG n’est pas spécialement un spécialiste, nous ouvrons peut-être sans le savoir et depuis plusieurs années des pratiques authentiquement eugéniques. »

L’interruption thérapeutique de grossesse n’a rien de thérapeutique, puisque cette interruption ne soigne personne, ni la mère, ni l’enfant qui est malade, mais le supprime. On parle d’interruption médicale, façon rassurante de se mentir un peu moins. » [1]

« Il existe une sorte de consentement général, une approbation collective, un consensus d’opinion, un ordre établi en faveur de l’IVG pour la trisomie 21 (...)  Si bien que les couples ne se poseront guère la difficile question de la pertinence de leur choix individuel, l’opinion générale a répondu pour eux, les parents sont prêts à considérer que l’IVG dans ce cas, est un droit. » [2]

 

En opposition à ce courant eugénique, nous devons nommer le regretté Pr. Jérôme Lejeune, généticien qui, en 1959, a découvert la trisomie 21, et qui n’a jamais séparé l’objectif thérapeutique de sa découverte. Cependant, il a peu à peu réalisé avec tristesse les conséquences du détournement de sa recherche pour les enfants trisomiques, car un courant médical préconise leur élimination in utero, ce racisme chromosomique étant brandi comme un drapeau de liberté !

Pour le Pr. Jérôme Lejeune, dès sa conception, tout être humain a droit à la vie, et s’il est malade, il a droit à être considéré comme tel. Que de fois il a dit aux parents désolés d’avoir un enfant trisomique : « Cet enfant sera ce que vous en ferez, vous pouvez faire en sorte qu’il soit heureux et qu’il vous donne du bonheur en retour. Non, la trisomie 21 de votre enfant n’est pas un état enviable, mais cet enfant malade est votre enfant. »

Comme l'a souligné son confrère et ami, le Pr. Lucien Israël, cancérologue, Jérôme Lejeune, par ses actes, ses nombreuses consultations, ses interventions a redonné à des foules de jeunes mongoliens la dignité et le statut d’être humain à part entière.

Maurice Caillet gynécologue chirurgien a participé en paroles et en actions dès 1966 à la contraception artificielle, aux stérilisations, à l'avortement, partageant les combats de francs-maçons publiquement connus, comme Lucien Neuwirth, Pierre Simon,Henri Caiillavet, pour la législation et la pratique de ces actes. Aujourd'hui  le Dr. Caillet regrette vivement son passé!

En Belgique, le Dr Leblanc, gynécologue obstétricien a mis sur pied un comité pour sauver la médecine prénatale, ce comité est inquiet des dérives du diagnostic prénatal. Pour ce médecin, « La médecine prénatale actuelle se focalise en effet sur le dépistage de la trisomie 21 (disons plutôt la "traque du handicap"), laquelle aboutit à l’élimination quasiment systématique des fœtus détectés porteurs de l’anomalie chromosomique. Celle-ci concerne 96 % des 92 % des fœtus détectés porteurs. L’équation "dépistage-diagnostic-interruption médicale de grossesse" est à ce point inéluctable qu’elle est considérée comme banale dans notre pratique !  (…) En Europe, nous avons fait une maladie mortelle d’une pathologie chromosomique qui ne l’est pas. L’enfant à venir est présumé coupable et il a la charge de prouver sa normalité. Seulement en raison de la notion de probabilité, le doute ne profite pas toujours à l’accusé Le dépistage prénatal du XXIe siècle est la modernisation de ce qui se passait au siècle précédent quand on empêchait la reproduction par stérilisation forcée des handicapés et retardés mentaux. Parler de dépistage à une patiente revient à l’inquiéter sur le risque de trisomie 21 et donc à susciter la prescription.

« (…) je connais des spécialistes en gynécologie obstétrique qui ont décidé d’abandonner la pratique obstétricale car ils ne se retrouvent plus dans cette approche de la grossesse. Aujourd’hui, la médecine prénatale n’a plus pour vocation de soigner.

« (…) Par ailleurs, notre médecine est très contradictoire. Focalisée sur la traque du handicap, la bioéthique ne nous oblige pas à informer toutes les femmes d’autres risques : la prématurité, par exemple. Et, malgré les considérables progrès de la réanimation néonatale, il naît bien plus d’enfants présentant de redoutables séquelles neuro-encéphalliques liées à la grande prématurité que d’enfants porteurs de la trisomie21[3] ».

 



[1] Pr. Frydman « l’art de faire autrement des enfants comme tout le monde »

[2] L’euthanasie du fœtus col. Odile Jacob J. Milliez

[3] La Libre Belgique, 21 mars 2012.