Regard de médecins sur le PFN

En 1956, La gynécologue Marie-André Lagroua Weill- Hallé fut séduite par le Birth Control d’outre atlantique et voulut, pour le mieux vivre des couples et la libération de la femme, l’instaurer en France. Mais en 1967, paradoxalement, le vote de la loi française autorisant la contraception lui révéla un malentendu et l’amena à démissionner du planning familial « La Maternité Heureuse » dont elle était la fondatrice car elle assistait à une dérive de son idéal qui avait été récupéré par une idéologie aux fondements racistes, eugénistes et libertaires. Sachons encore d’elle que, ’en 1960, elle réalisa l’impact négatif de la pilule sur la fertilité, la fécondité, en effet confrontée au cours d'un table ronde à plusieurs personnalités du monde médical et religieux, elle déclara prophétiquement qu’"Il est à craindre que si les pilules étaient diffusées librement en France, les femmes les emploieraient de façon tout à fait anarchique, ce qui pourrait aboutir à une baisse de la fécondité que je ne souhaite pas plus que vous. Cette pilule magique et auréolée de mystère n'offre, au fond, qu' une solution de facilité; je suis partisan, au contraire, de centres où seraient enseignés les moyens de contraception habituels qui nécessitent un effort et développent le sens des responsabilités des couples"(1).

Il faut entendre que les moyens de contraception habituels, qui demandent un effort et développent le sens des responsabilités des couples, sont les méthodes d'observation du cycle féminin.

 

Le professeur René Frydman constate que les gens qui consultent pour stérilité ne connaissent pas la période génésique de la femme, et le professeur H. Joyeux, observe qu'"on a l'impression qu'il ne faut surtout pas que les femmes puissent comprendre comment elles fonctionnent. Il faudra d'abord que la femme veuille savoir comment son corps fonctionne, qu'elle se mette à travailler sérieusement ce sujet. La totale libération de la femme est à venir. Elle aura lieu le jour où les hommes parviendront à la fois à comprendre, et puis à respecter tous les fonctionnements psychoaffectifs."(2)

 

La doctoresse Elisabeth Raith-Paula part du constat que l’information sexuelle en milieu scolaire se cantonne aux faits biologiques et aux descriptions techniques. Cet enseignement est généralement orienté sur les dangers de la sexualité, tels que les grossesses non désirées, les violences sexuelles ou encore les maladies sexuellement transmissibles. Or des études montrent que cela effraie les enfants, encore peu au fait du fonctionnement de leur corps et souvent loin d’avoir atteint la maturité sexuelle nécessaire à la compréhension des concepts qui leur sont présentés. C’est pourquoi, Elisabeth Raith-Paula a développé une sorte de jeu de rôle autour du cycle féminin, elle  a rédigé sa thèse de médecine sur les « moyens modernes de planification familiale naturelle » et a été surprise de constater le peu de connaissances que les femmes avaient de leur propre corps et de leur fertilité. A son initiative, le « CycloShow » est né en 1999 en Allemagne et le projet a été présenté 18.000 fois à plus de 330.000 enfants, parents et enseignants. Le concept s’est étendu à cinq pays, avec plus de 500 animatrices qui présentent le CycloShow dans les écoles. Son livre, Que se passe-t-il dans mon corps ? : Tout savoir sur le cycle menstruel, les règles et la fertilité a été réédité en 2012 et reprend les grands lignes des enseignements présentés pendant les ateliers.

 

Le cycle féminin est trop souvent réduit à une séquence de menstruations  faisant irruption toutes les quatre semaines environ. Les signes de fertilité pourtant  commencent déjà bien avant les premières règles et ils accompagnent chaque  femme durant toute sa vie fertile. Grâce à la méthode sympto-thermique de régulation des naissances, développée au cours de ces dernières vingt années, les femmes ont su trouver une autre approche à leur corps, simplement en s'appropriant  leur vie cyclique et ses symptômes : elles en savent plus sur elles-mêmes que d'autres femmes et elles sont en mesure d'interpréter correctement les symptômes physiologiques. Résultat : elles se sentent mieux dans leur peau. 

Dans nos sociétés de surconsommation et dominées par la contraception  hormonale, ce cheminement vers l'auto-observation et vers une meilleure perception  de son propre corps, avec pour corollaire une plus grande confiance en soi, n'est de loin pas assez répandu. Les cours de biologie et d'information sexuelle se contentent  souvent de transmettre quelques notions théoriques. L'accès personnel et privilégié à  son propre corps est ainsi entravé. C’est pourquoi nous pensons que les ateliers de « Cycloshow » pourront certainement aider nos adolescentes.

 



1  « La pilule et après » Valabrègue page: 10 ; Edition Stock

2 « Femmes si vous saviez ». Pr. Henri Joyeux.